KALOUM- Au départ, l’affaire semblait ne laisser place à aucune ambiguïté. Une plainte pour viol et agressions sexuelles visant Bouba Sampil, ancien président de la Fédération guinéenne de football, éclate au grand jour et embrase aussitôt les réseaux sociaux. En quelques heures, le tribunal populaire s’installe, les certitudes se forgent et les condamnations fusent.
Mais à mesure que Bafilanews.com remonte le fil des événements, un constat s’impose: derrière les gros titres et l’émotion suscitée par cette affaire se cache un dossier plus complexe, où s’entrecroisent une séparation conjugale, un différend financier dont le montant est estimé à 18 900 dollars, des versions contradictoires et une enquête judiciaire toujours en cours.
Notre rédaction restitue ici, sans les commenter, les déclarations et les pièces recueillies auprès de sources concordantes, d’acteurs judiciaires et de témoins directs.
LE POINT DE DÉPART: UNE SÉPARATION CONSOMMÉE ET DES PROPOSITIONS D’ARRANGEMENT
Le 5 mai dernier, selon plusieurs témoins de l’entourage familial, Bouba Sampil annonce à son épouse, Fatoumata Soumah (connue sous le nom de Fifi Soumah), sa décision de mettre fin à leur union. Il lui confie ne plus ressentir aucun sentiment amoureux à son égard.
Mais loin de se limiter à cette annonce, Bouba Sampil aurait, selon des sources proches du dossier, proposé à son épouse un arrangement global pour garantir son bien-être et celui de leurs enfants:
· Constatant une baisse significative du niveau scolaire des enfants, il aurait suggéré un projet d’installation à Londres afin qu’ils puissent bénéficier d’un enseignement de qualité et d’un environnement plus adapté à leur épanouissement.
· Sur le plan financier, il aurait offert à Dame Soumah le double du salaire qu’elle percevait à l’Administration des grands projets (ACGP), afin qu’elle ne s’inquiète d’aucune difficulté matérielle.
À ce moment, les deux époux vivaient sous le même toit, mais leur relation était distante. C’est à partir de cette annonce et de ces propositions que Fatoumata Soumah ( Fifi Soumah) décide de quitter le domicile conjugal, le 9 mai, pour s’installer ailleurs. Une information confirmée par des proches de Dame Soumah.
LES RAISONS DU LICENCIEMENT: INCOMPÉTENCE OU MANŒUVRE ?
Si Fatoumata Soumah alias Fifi Soumah a d’abord estimé que Bouba Sampil était à l’origine de son licenciement, allant même jusqu’à porter plainte contre lui pour diffamation auprès de la Direction de la police judiciaire (DPJ), nos investigations nous ont menés à une tout autre réalité.
Selon des sources proches de l’administration des grands projets, le licenciement de Dame Soumah serait en réalité lié à des motifs purement professionnel sans rentrée dans les détails. Aucun élément recueilli ne permet, à ce stade, d’établir un lien entre son éviction et une quelconque intervention de son ex-mari.
L’ABSENCE DE BOUBA SAMPIL ET LA DISPARITION DES 18 900 DOLLARS
Peu après cette séparation, Bouba Sampil se rend à New York, aux États-Unis. Profitant de cette absence, un événement suspect se produit au sein de la concession familiale de Kipé Dadia.
Le 26 mai, à la veille de la fête de Tabaski, alors que le maître des lieux se trouve toujours aux États-Unis, deux jeunes filles pénètrent dans sa chambre. Selon des sources internes, il s’agit de N’nata, la nièce de Fatoumata Soumah (Fifi Soumah), et de Fatoumata Sampil, la nièce de Bouba Sampil (fille de son petit frère). Cette dernière, précise une source familiale, aurait été amenée dans la concession à l’instigation de Dame Soumah, qui l’aurait fait venir chez son ex mari.
À l’issue de cette intrusion, une somme de 18 900 dollars, destinée au paiement des salaires des employés de Bouba Sampil, est portée disparue.
À son retour à Conakry, Bouba Sampil convoque sa nièce. Une source familiale confirme qu’il lui a adressé un ultimatum clair: « Si tu ne me rends pas cet argent ou si tu ne me dis pas qui l’a pris, je t’emmène à la gendarmerie.» Des témoins indiquent que Fatoumata Sampil aurait été aperçue en train de dissimuler une somme comprise entre 2 et 3 millions de francs guinéens, qu’elle dit aller faire un dépôt. La jeune fille quitte la concession et disparaît sans donner de nouvelles, alors qu’elle y résidait depuis longtemps.
LA PLAINTE POUR AGRESSION SEXUELLE: L’ALIBI EN BÉTON DE L’ACCUSÉ
Quelques jours après ces événements, des gendarmes se présentent dans la concession familiale, munis d’une convocation pour agression sexuelle visant Bouba Sampil, à la suite d’une plainte déposée par sa nièce, Fatoumata Sampil.
Entendu par les enquêteurs, Bouba Sampil a formellement nié les faits. Il a déclaré que cette accusation constituait un stratagème destiné à détourner l’attention de l’affaire du vol d’argent, et a désigné son ex-épouse comme étant derrière cette manœuvre. Selon lui, Fatoumata Sampil serait sous l’emprise de Dame Soumah, qui l’aurait instrumentalisée.
Nos sources judiciaires confirment que les enquêteurs ont procédé à une vérification rigoureuse du passeport de l’intéressé. Il en ressort que Bouba Sampil se trouvait déjà à Paris le 31 mai, date présumée des faits allégués par la plaignante, et qu’il n’est rentré en Guinée que le 2 juin. Cet alibi matériel a été consigné dans le procès-verbal d’audition.
LES CONCLUSIONS DU RAPPORT DE GENDARMERIE ET LES DIVERGENCES PROCÉDURALES
À l’issue de l’enquête préliminaire, le rapport rédigé par la gendarmerie, consulté par nos soins auprès d’une source proche du dossier, indique que «les faits ne seraient pas établis» et qu’aucun acte probant ne viendrait corroborer la plainte pour agression.
Malgré ces conclusions, le Tribunal de première instance de Dixinn a estimé nécessaire d’ouvrir une enquête à son niveau afin de confronter les éléments recueillis avec ceux de la gendarmerie.
Par ailleurs, une source policière nous a indiqué que Fatoumata Soumah ( Fifi Soumah) s’est vu notifier une interdiction de sortie du territoire national, une mesure qui, précise-t-on, ne serait pas directement liée à la présente procédure, mais à un autre dossier que Bafilanews.com suit de près et sur lequel nous reviendrons dans les prochains jours.
DES DÉCLARATIONS CONTRADICTOIRES ET UN SOUTIEN ASSOCIATIF EN QUESTION
L’audition de la plaignante a également soulevé des interrogations. Dans un premier temps, la jeune fille aurait déclaré être âgée de 16 ans. Toutefois, le livret scolaire produit dans le dossier, que nous avons pu consulter, indiquerait qu’elle est en réalité majeure, âgée de 19 ans.
Enfin, la partie civile a sollicité le soutien d’une ONG de défense des droits des jeunes filles pour l’accompagner dans la procédure. Contactée par Bafilanews.com, la responsable de cette structure a demandé à ne pas être citée nommément, mais a confirmé son implication dans le suivi du dossier. Le tribunal a ordonné une enquête approfondie, qui devra notamment se pencher sur d’éventuels éléments, selon des sources concordantes.
TENTATIVE DE RECUEIL DE LA VERSION DE DAME FATOUMA SOUMAH
Conformément aux règles déontologiques de la profession, Bafilanews.com a tenté de contacter Dame Fatoumata Soumah afin de recueillir sa version des faits et de lui donner l’opportunité de répondre aux éléments rapportés dans cette enquête.
Un message écrit lui a été adressé, et plusieurs appels téléphoniques ont été tentés, sans qu’aucune suite ne soit donnée à nos sollicitations. À ce jour, Dame Soumah n’a pas souhaité s’exprimer sur le dossier.
Alors que la procédure se poursuit devant la justice, les pièces du dossier, alibi vérifié, rapport de gendarmerie, les contradictions sur l’état civil, intrusion suspecte dans la chambre de l’accusé, disparition de la nièce et instrumentalisation présumée dessinent une affaire où se mêlent tensions familiales, enjeux financiers et accusations pénales.
Les investigations complémentaires ordonnées par le TPI de Dixinn devraient permettre d’y voir plus clair. Bafilanews.com suivra avec attention les prochaines étapes de cette procédure.
Via Bafilanews.com
Last modified: 7 juillet 2026